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L'art est une forme de solitude. [Leigh]

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MORPHÉE TROUVE QUE C'EST CLASSE DE S'APPELER
Erebus Stratos [Liam C.]
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MessageSujet: L'art est une forme de solitude. [Leigh] Sam 14 Juil - 22:30

[...]


    Des bruits de pas résonnèrent dans le musée. Les salles vides de tout visiteur pour le moment recelaient des œuvres en tout genre, alliance subtile entre conformisme et modernité. Un dernier tour pour vérifier que tout était en place et il ouvrirait les portes.

    Erebus savait à quel point Liam aimait ce musée. Il avait vu l’affection qu’il lui portait dans chacun de ses gestes, dans chacune de ses actions. C’était par passion qu’il surveillait constamment son employée, épiant les moindres de ses gestes. Non pas qu’il n’avait pas confiance, mais il ne pouvait s’empêcher d’être inquiet. C’était avec tendresse qu’il arrangeait chaque exposition, plaçant minutieusement chaque œuvre. Afin que chacune d’elle ait l’attention qu’elle méritait, quel que soit l’endroit où elle était placée. Liam était fou de ce musée. L’Oublié aimait penser qu’il voyait là la maitresse de son corps d’emprunt. Il n’était probablement pas très loin de la vérité.

    Toutefois, en parcourant les salles les unes après les autres, il pouvait comprendre la fascination qu’exerçait ce lieu sur Liam. Toute l’histoire d’Antalis réunie, accessible à tous. Les citoyens qui venaient ici, pénétraient dans une sphère quasi sacrée, qui leur dévoilait la courte histoire de leur cité. Le passé de leur nouvelle vie. Et leur faisait probablement miroiter le fait qu’eux, simples citoyens, étaient en train d’écrire l’histoire, qu’on se souviendrait d’eux comme les pionniers, ceux qui ont habité la cité à ses débuts, ceux qui ont contribué à peupler Antalis et à donner une nouvelle chance à l’humanité.

    Et même sans cela, l’endroit était magnifique. Quiconque ne se sentait pas touché par la beauté fragile de ce musée n’était qu’un rustre, un béotien de la pire espèce, incapable de voir la beauté la plus élémentaire. Le genre de personne incapable d’apprécier la beauté du monde sous quelque forme que ce soit. Ce n’était même plus une question de culture. Il y a des lieux, comme ce musée, que n’importe qui devrait qualifier d’élégant. De parfait. D’agréable. De séduisant. Peu importe le terme au fond, le sentiment éprouvé est le même.

    Tout était prêt. Le sol étincelait, les lumières éclairaient les créations diverses, elles-mêmes placées avec soin le long du parcours habituel. Il ouvrit les portes, laissant entrer quelques visiteurs avides de culture. Les observant de loin, il laissa encore une fois ses pensées dériver. Mine de rien, il était heureux que son corps d’emprunt soit un gérant de musée. D’un musée sublime, qui plus est. Cela lui convenait parfaitement. Le métier était loin d’être éreintant et lui permettait de rencontrer beaucoup de personne. Plus ou moins intéressantes, certes, mais tout de même. Se constituer un vaste réseau social, faute d’un meilleur terme, était primordial à la réussite de son projet. Il fallait que la foule des citoyens qui se succédait dans ces lieux ne voit en lui qu’un simple gérant de musée, cordial et serviable.

    Les heures se succédèrent, sans qu’Erebus ne relâche sa surveillance des lieux. Premièrement, c’était son métier, deuxièmement, il n’avait rien de mieux à faire et troisièmement, Liam aurait probablement tenté de reprendre le dessus pour être sûr que son précieux musée reçoive l’attention nécessaire. Marchant d’un pas calme, passant d’une salle à l’autre, il se dit qu’il ferait peut-être mieux de suivre les habitudes de Liam. Et ce dernier avait tendance à être social et à aller parler avec les visiteurs. Pestant mentalement contre cette tendance à sociabiliser avec quiconque, il jeta son dévolu sur une jeune femme, qu’il avait déjà vu auparavant. Etait-ce au musée ou ailleurs ? Il ne saurait dire.

    « Belle œuvre, n’est-ce pas ? »

    Il aurait pu mieux faire, niveau accroche. Mais peu importait, la conversation était engagée. Il ne pouvait plus faire marche arrière, au risque de passer pour un malotru importun. Pas exactement le genre de réputation qu’il avait envie de faire, somme toute.

    « Parvenir à transmettre toute l’amertume, toute la rancœur et la tristesse qu’a dû éprouver la Femme des Neige à son réveil est un tour de force que seul les plus grands peuvent se targuer de réussir. Le défi a été remarquablement relevé : le regard est tellement expressif, tellement intense, qu’il nous ferait presque détourner les yeux. »

    Il se souvenait que Liam avait dit des mots à peu près similaires à un couple venu visiter le musée un jour de pluie. Au moins, il était sûr de ne pas raconter n’importe quoi. Il avait bien fait d’espionner son corps d’emprunt pendant autant de temps. D’autant plus qu’il sentait au fond de lui que Liam l’aurait massacré s’il avait osé proférer des inepties. Se tournant vers la jeune femme, il s’inclina légèrement et reprit la parole.

    « Pardonnez-moi, je manque à tous mes devoirs. Je suis Liam Cehack, le gérant du musée. Je me fais un devoir d’échanger au moins quelques mots avec chacun des visiteurs venant en ces lieux, que ce soit par goût ou par hasard. J’espère que je ne vous importune pas ? »


Dernière édition par Erebus Stratos [Liam C.] le Mar 17 Juil - 10:19, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: L'art est une forme de solitude. [Leigh] Lun 16 Juil - 15:18


{ Précédemment }
Juste là. L’innocente cible vient de sortir de la bâtisse qui regroupe les plus grands trésors historiques de la cité. Jeune fille semblant d’humeur enjouée… Elle a les bras chargés, l’occasion est toute trouvée, surtout si elle s’avère aussi étourdie qu’elle en a l’air. Scorpius se replonge dans la lecture d’un fascicule et poursuit son chemin vers elle… Jusqu’à l’impact.
    Oh excusez-moi. Je ne regardais pas où j’allais. Vous allez bien ?
    Ha non ! C’est… C’est moi qui ne regardais pas. Je n’ai rien et vous ?
    Nous sommes toutes les deux fautives alors. Et je vais bien, ne vous en faites pas. Mais… Laissez-moi vous aider à tout remettre en ordre.
    Ho… N… Non ne vous embêtez pas…
    Vous êtes passionnée d’histoire on dirait… Vous l’étudiez ? Vous écrivez une thèse peut-être ?
    Oui ! Vous avez l’œil. J’adore ça !
    Et il ne peut pas y avoir un meilleur sujet qu’Antalis, n’est-ce pas ?

Le sourire bienveillant et confiant de Leigh s’opposait à celui de la jeune fille, timide et pur. Et malgré le visage impressionné qu’elle affichait, son enthousiasme pour le patrimoine de la cité l’emporta dans un discours euphorique. Amusée, l’Élue l’écouta attentivement, même si elles avaient déjà rassemblé toutes les affaires qui s’étaient éparpillées un peu plus tôt.
Dans les escaliers menant à cette institution séculaire, personne ne pourrait se douter que ses deux femmes font plus que discuter. Aujourd’hui, le jeu du prédateur et de la proie est simplissime, presque ennuyeux.
    Je suis désolée de vous interrompre, mais je vais devoir vous laisser. Un rendez-vous. Mais j’aimerai écouter la suite. Pourquoi ne pas nous revoir un autre jour ? Ah ! Et je connais des personnes qui pourraient peut-être vous aider dans vos recherches. Tenez voici ma carte. Alors n’hésitez pas.
    Hmh… Oui, volontiers. M… Merci beaucoup.
    Et puis, peut-être que contribuer vous-même à enrichir l’histoire d’Antalis vous intéressera… Alors, à bientôt, j’espère.

Un dernier sourire, chaleureux. Elle l’abandonna sans même la laisser répondre. Grimpant à vive allure les marches, Leigh pénétra immédiatement dans l’enceinte du musée. Un dernier regard discret sur sa cible, encore immobile et semblant vouloir décrypter autre chose dans la carte de visite… Et c’est avec un sourire espiègle et satisfait que la jeune femme acheta son ticket d’entrée.

Autant profiter et replonger dans les méandres d’un passé encore bien trop énigmatique.
Rassemblement unique, lieu de dialogue permanent entre le passé et le présent, lieu d’apprentissage et de découverte pour les visiteurs… Parcourir ces salles est toujours agréable. Expérimenter l’héritage de la cité exposé ainsi aux yeux de tous tel un objet sacré, procure un sentiment étrange, entre paix et ravissement.
Leigh arpente lentement les lieux et brise le silence religieux qui règne. Le claquement des escarpins résonne fièrement. Tout en admirant les œuvres, elle reconnaît le travail de ceux qui cherchent, défendent, portent et font passer l’art à travers le temps. Sans cesse renouvelé, ils continuent à nourrir l’imaginaire de ceux qui le fréquentent. Et comme elle l’a dit plus tôt, Antalis tient parfaitement ce rôle. La cité qui regorge encore de mystères se révélera-t-elle réellement un jour, totalement mise à nue ? Elle sourit à cette idée, car elle est bien consciente que non. Ou alors… Elle ne sera déjà plus là pour en être le témoin. Et c’est pour cela que, pour l’instant, elle continue à revenir ici.

L’intimité que les visiteurs peuvent avoir avec les œuvres exalte. Et son attention s’arrête sur une peinture qu’elle n’avait pas encore vue. La Femme des Neiges. Sa beauté est saisissante. Tout comme sa peine, déchirante. Leigh détaille le tableau et remarque la touche de l’artiste quand une voix masculine parvient à ses oreilles.
    Oui… Superbe. Et effectivement, c’est un vrai tour de force. Remarquablement… puissant.

Léger balancement pour se tourner vers son interlocuteur. Sourire charmant aux lèvres, comme d’habitude. Et elle lui fait face.
    Pas du tout. Vous ne me dérangez pas. C’est un plaisir de pouvoir échanger avec le gérant des lieux. Enchantée de vous rencontrer Monsieur Cehack. Je suis Leigh Raven.

Présentation simple et doucereuse pour ne pas déranger les autres visiteurs qui même sans ça, les épient déjà. Le Rouge & le Blanc. Leur rencontre se scelle déjà d’une poignée de main.
    Même si ce n’est pas la première fois que je viens, vous parler est tout nouveau. Serai-je chanceuse aujourd’hui ?

Malice mêlée d’assurance, troublant cocktail qu’elle crée sans même s’en rendre compte.
    Je crois que je suis un peu jalouse. Travailler au milieu de tous ces trésors, gardien d’un patrimoine éternel… C’est plutôt gratifiant. On ne doit jamais s’en lasser, je suppose.

Ses prunelles brunes se sont déjà détournées de lui pour se fixer sur le regard de la Femme des Neiges, comme pour la défier.
    Avez-vous déjà rencontré l’artiste ?

Question innocente pour un premier pas vers une nouvelle opportunité d’étendre ses relations. La probabilité d’une vraie sympathie est encore incertaine. Prémices inespérées d’un nouveau rapprochement.





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MessageSujet: Re: L'art est une forme de solitude. [Leigh] Mer 18 Juil - 19:46

    Realisation hits him like a bullet to the skull.

    Décidément, il n’avait pas de chance. Vraiment. De tous les visiteurs à qui il aurait pu adresser la parole, il s’était dirigé vers une Elue. Le destin s’acharnait-il contre lui ? Ou était-ce Liam qui le poussait inconsciemment vers les membres de l’AOCHS ? Toutefois, cette rencontre lui permettrait peut-être d’arranger quelque peu ses affaires… Si sa rencontre avec Kaze s’était étonnamment mal finie pour lui, il pouvait toujours faire en sorte que ces relations avec Leigh soient des plus cordiales. Et peut-être même l’amener à ne voir en lui qu’un simple gérant de musée, digne de confiance et incapable de tremper dans la moindre manigance frôlant l’illégalité.

    Autant qu’il tire profit de la situation. De toute façon, partir en courant ne l’aurait rendu que suspect. Il était bloqué, à ce niveau. Il fallait qu’il joue la partie avec finesse et précision. Pas de coup d’éclat, pas de colère mal placée. Sauf si évidemment elle le provoquait. Là, il ne répondait plus de rien.

    « Ah mais il se peut que me rencontrer ne soit pas un signe de chance mais une manifestation de malchance, qui sait ? »

    Il souffla ces quelques mots sur un ton taquin, faisant en sorte de ne pas attirer l’attention des autres. Elle ne semblait pas le genre de personne à s’offusquer qu’un gérant de musée puisse avoir envie de plaisanter avec les personnes qui, jour après jour, lui permettent de faire vivre les lieux. Lui rendant son regard, il sourit légèrement. Prunelles brunes contre pupilles rouges. Il n’avait jamais aimé cette combinaison de couleur.

    « Travailler ici, c’est… je suppose que l’on pourrait comparer cela à une fête éternelle. Réceptionner les nouvelles œuvres, les organiser en expositions, prendre soin de la collection permanente… Non, vous avez raison, je n’ai pas le temps de m’ennuyer. Prendre soin de l’Histoire est grisant, il faut bien l’avouer. »

    Il détailla le profil de la jeune femme, espiègle et déterminée, pendant que celle-ci se replongeait dans la contemplation du tableau, avant de détourner les yeux. Fixant à nouveau l’œuvre, il reprit doucement la parole.

    « Malheureusement, non, je n’ai pas eu la chance de le rencontrer. Je n’ai reçu que le tableau, il y a quelques ans. Ce fut une expérience assez inhabituelle : déballer le tableau et se retrouver sous l’emprise d’un tel regard… »

    Une pause. Le silence qui s’installa à nouveau, rompu occasionnellement par des chuchotements et des bruits de pas furtifs. A vrai dire, il n’en savait rien : il n’avait pas été présent à ce moment. Cependant, il pouvait aisément imaginer la scène. Reprenant le cours de ses pensées, il en revint à penser à ce que l’Elue avait dit, au sujet de son métier. Comme s’il n’y avait pas eu d’intermède, il murmura des paroles, comme s’il tentait de faire en sorte qu’elles se fondent dans le silence.

    « Mais tous les métiers ont leurs avantages et leurs contraintes. Gérer ce musée est une distraction perpétuelle, source d’exultations intellectuelles et culturelles. Mais en contrepartie… Ce métier ne laisse place à la médiocrité ou à l’erreur. Une amante exigeante, en quelque sorte. »

    Erebus se mordit brièvement la lèvre, avant de lui lancer un regard en coin et un sourire gêné, presque penaud, s’excusant presque de s’être laissé entrainer par ses pensées. Ce n’était qu’une façade, bien évidemment. Il avait dit ces mots à dessein, histoire de passer pour un homme ouvert qui dédiait sa vie à l’art à son musée. Lui faire croire à la fragilité de l’homme qu’elle avait en face d’elle pour qu’elle ne découvre pas le monstre qu’il abritait.

    « Mais le métier d’Elue doit susciter bien plus de convoitise que mon modeste rôle dans ces lieux, n’est-ce pas ? La richesse, le pouvoir, la capacité à se déplacer dans Antalis sans entrave… Mais les contraintes pour bénéficier de tels avantages doivent être considérables. Il y a toujours un revers à la médaille, ne croyez-vous pas, Mlle Raven ? »
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MessageSujet: Re: L'art est une forme de solitude. [Leigh] Ven 20 Juil - 9:18


Sans détacher ses yeux de la silhouette argentée peinte sur le tableau, elle l’écoute avec attention, sourit à sa pointe d’humour, puis laisse échapper un léger rire, pétillant. La comparaison est des plus originales et surtout inattendue. La discrétion est brisée. Les curieux se retournent sur le binôme, tandis que les autres passent leur chemin.
    Point de vue intéressant. Je crois saisir l’image de "l’amante exigeante".

Les derniers mots se murmurent et sonnent complices. Elle lui fait à nouveau face, le regard droit, direct, perçant. Elle le détaille sans vergogne comme si lui était devenu la peinture à contempler. Et elle s’amuse, essaye de déceler une quelconque duperie comme elle aime le faire souvent avec ses nouvelles rencontres. Rien de sérieux, juste un jeu. Au cas où. Habitude prise depuis son intégration à l’A.O.C.H.S… Ou était-ce bien avant ?
    Il ne faut pas sous-estimer l’intérêt que vous pouvez éveiller Monsieur Cehack. … Vous avez bien résumé la position d’Élu. Mais c’est toujours comme ça pour les hauts placés. Il faut bien un équilibre. Et ceux qui n’ont pas conscience de ça ne sont pas recrutés. Tout simplement. … Après tout, ce qui est inimaginable reste inacceptable pour la plupart des gens. Rares sont ceux qui ont l’intelligence de le remarquer.

Le sourire charmant s’esquisse, alors que du coin de l’œil, elle toise une dernière fois l’intense tristesse de la Femme des Neiges, prisonnière de sa solitude. Impression dérangeante. Il était temps de passer à autre chose. Tableau suivant.

Contact infime des deux auras. Elle passe devant lui, le contourne de justesse, happée par une autre œuvre. Le même artiste et une autre légende, ou plutôt une institution dans la cité.
    Ooh… Les fondateurs. Forts, solennels et tristes vous ne trouvez pas ? Le mélange est étrange, mais en même temps… Criant de vérité.

Le sourire se gomme et le sérieux s’installe. Concentrée sur les détails et sur l’ensemble, elle ne saurait dire si elle aime ce qu’elle voit. Le talent est indéniable, mais le ressenti est conflictuel. Il semble s’être attaché à ces vies et ces honneurs brisés… Les dépeint plus désolants qu’ils ne le sont. Ou bien est-ce trop proche de la réalité ? L’inverse n’aurait-il pas été plus créatif, plus intéressant ? Mais quand l’art reste si subjectif et personnel, l’imprévisible prévaut.
    Comment deux êtres qui sont côte-à-côte peuvent sembler si seuls ?

Murmure imperceptible tapis dans le vide, la réflexion intime n’attend aucun retour particulier. Elle ne souhaite pas s’y attarder et préfère décrocher ses prunelles brunes.

Derrière, un tourbillon s’approche, léger et instable. Des chuchotis sévères glissent et apaisent l’agitation. Provisoirement.
Et Leigh s’attarde sur le descriptif qu’elle juge peu informatif. Voir de ses propres yeux la nouvelle peinture s’impose. Mais elle se bloque brutalement dans son élan. Réaction physique ou chimique ? Un léger hochement de tête, une respiration plus profonde, les yeux sont rivés sur la scène peinte et une nouvelle chaleur apparaît. Réminiscence charnelle.
    C’est beaucoup plus… Contemporain cette fois. Le Choix de Eros ainsi mis en image… Résumé à une attirance prédestinée et instinctive, c’est une vision… Inattendue. L’aspect matrimonial ne ressort pas du tout…

Elle aurait pu. Utiliser des mots plus crus, être moins délicate. Puisque l’œuvre l’est. Primaire, voluptueuse et épicurienne à son extrême.
Geste automatique, une main gracile effleure son cou, puis glisse derrière sa nuque avant de se perdre dans ses longs cheveux qu’elle replace sur ses épaules. Passé l’effet électrisant et naturel, revenir au concret se fait simplement, comme si de rien n’était.
    Vous exposez toutes les œuvres qu’on vous propose ou vous faites une sélection ? Vous avez des critères ? Qu’est-ce qui vous a poussé à exhiber ce tableau plutôt qu’un autre par exemple ?

Le ton suave et malicieux semble faire écho à la peinture. Mais un intrus vient bousculer la discussion qui aurait pu passer pour sérieuse. Un être en jupon, haut comme trois pommes, venait de heurter les jambes des deux adultes en fonçant droit sur eux. Comme si c’était normal. La petite fille se planta entre eux, souriante et surtout désinvolte.
    Pourquoi vous vous tenez pas la main ? Mon papa et ma maman le font eux.

Elle les montrait du doigt comme une évidence, alors que le couple désigné ne pouvait dissimuler leur embarras. La remarque enfantine ne provoque aucune réaction de trouble chez Leigh. Elle se rapproche même de Liam. Plus pour faire écran et que les yeux innocents de la fillette ne tombent sur le tableau.
    Nous ne sommes que des amis, voilà pourquoi. Allez, regarde, tes parents t’appellent.

La réponse est naturelle. Et la douce autorité s’impose d’elle-même, le sourire toujours accroché aux lèvres. L’enfant acquiesce d’un grand oui de la tête avant de repartir.
    Ne cours pas !

Ils auraient pu. Reprendre leur conversation là où ils l’avaient laissée. Ils se regardaient déjà l’un l’autre, perplexes. Mais l’injonction qui résonna capta à nouveau l’attention. Tout de suite dirigée vers la petite turbulente. Stoppée nette, elle se heurte à un guéridon décoratif. Et le vase remplis de fleurs fraîches chancelle… Avant la chute.

    Tu n’as rien ? Tu peux te lever ? Attention aux morceaux de céramiques, ça coupe.

Intuition, instinct, impulsion… Peut-être un mélange des trois. Allez savoir comment elle avait réussi à se retrouver entre l’objet tombant et la petite fille. Le pire avait été évité, in extremis. L’enfant étouffait ses sanglots tandis que les parents se confondaient déjà en excuses. Auprès de Leigh, mais aussi auprès du gérant pour le vase brisée qu’ils assuraient vouloir rembourser.
Mais la jeune femme n’écoute déjà plus. Comme si rien n’était arrivé. Elle accepte facilement, stoïque face aux événements perturbateurs. Inévitable, l’indifférence règne et le manque de réaction dérange, passe pour de l’insensibilité. Les actes et les ressentis se contredisent spontanément.
Elle époussette l’eau sur sa robe et ses jambes. Comme si ça pouvait partir d’un geste de main. Elle ne remarque même pas les deux coupures, l’une au bras, l’autre à la jambe droite et se relève déjà toute seule, bien qu’un peu instable. La chaleur a disparu, laissant place au frisson. Et ses pensées vagabondent. Si le vase avait été en métal, elle aurait pu agir différemment. Son don s’avérant vraiment plus utile dans son travail que dans ce genre de situation. Un discret gloussement moqueur à son encontre et elle passe déjà à autre chose, oubliant presque qu’elle n’est pas seule. Mais elle veut reprendre la visite, retrouver le calme dû normalement à un tel lieu, avoir les réponses à ses questions. Et la présence de Liam redevient nécessaire.





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MessageSujet: Re: L'art est une forme de solitude. [Leigh] Sam 21 Juil - 11:53

    Le caractère pétillant de la jeune femme le surprit légèrement. Il n’avait pas vraiment eu l’occasion de rencontrer des personnes aussi sûres d’elles au cours de sa renaissance, faute d’un meilleur terme. Croisant le regard franc de son interlocuteur et remarquant la manière dont il le détaillait, il ne put s’empêcher de sourire. Première fois qu’on l’examinait ainsi, sans gêne. D’habitude, les yeux se détournaient rapidement, sous l’éclat de ses prunelles vermeilles.

    Jetant un dernier regard au tableau de la Femme des Neiges, il accompagna l’Elue jusqu’au tableau suivant, représentant les Fondateurs de la cité. Il méprisait profondément ce tableau : ces deux personnages avaient voulu donner une deuxième chance à une race vouée à la destruction et au carnage. Looking forward for the future, are we ? Leur optimisme serait source de la désillusion la plus cruelle lorsqu’ils se rendraient compte que les humains étaient irrécupérables. Ecoutant à peine Leigh, il murmura quelques mots d’une voix distraite.

    « Ce qui est inimaginable n’existe pas, puisqu’il faut un regard pour créer l’Univers. »

    Ah qu’avait dit Liam à ce sujet ? Pouvait-il se laisser aller au point de lui laisser les rennes, juste le temps de la visite ? Il fallait avouer que l’idée était très séduisante. Il connaissait ce musée nettement mieux que lui, après tout. Mais leur cohabitation était probablement trop récente pour qu’il puisse le laisser faire. Plus tard, peut-être… Erebus retint un soupir et chercha dans ses souvenirs les mots associés à cette toile.

    « C’est exact, vous avez bien su cerner l’ambiance qui se dégage de cette œuvre… Le souci du détail est impressionnant, voyez dans l’arrière-plan, juste là. C’est ce qui différencie un chef-d’œuvre de la masse de peintures produites chaque année. »

    Rien de plus. Il n’aimait pas cette peinture et n’avait pas envie de la commenter. Détournant le regard, il jeta un coup d’œil à la salle, observant attentivement les visiteurs, s’attardant sur un couple, accompagnée d’une fillette. Si jamais l’un d’entre eux outrepassait les règles… Il fixa d’un regard froid les curieux qui tentaient d’écouter leur conversation, les forçant à détourner le regard ou à aller changer de salle. Un sourire satisfait vint mourir sur ses lèvres : il n’avait jamais apprécié que des inconnus tentent d’espionner un dialogue qui ne leur était pas destiné. Même si le dit dialogue était des plus innocents.

    L’œuvre suivante… Ah, ce tableau attirait immanquablement le regard et suscitait des réactions diverses. Il secoua la tête, amusé par le choix des mots de l’Elue. Effectivement, ce n’était pas réellement une apologie du mariage que l’on observait ici. Loin de là, à vrai dire. S’apprêtant à expliquer son choix et surtout, la place de ce tableau, il fut coupé dans son élan par la petite fille, qu’il avait déjà aperçu auparavant.

    « Pourquoi vous vous tenez pas la main ? Mon papa et ma maman le font eux. »

    Haussant un sourcil interrogateur, il retint l’exclamation de mépris qui lui vint spontanément et garda un visage impassible. Pourquoi ne se tenaient-ils pas la main comme ses parents ? Parce que ses parents s’aimaient et que lui détestait la femme qui se tenait à ses côtés. Aussi simple que ça. Mais ce n’était assurément pas la réponse qu’elle attendait. D’autant plus que l’Elue venait de se rapprocher de lui, ce qui semblait indiquer pus d’affection que de haine. Ainsi qu’une volonté de préserver l’innocence de l’enfant, bien sûr.

    « Nous ne sommes que des amis, voilà pourquoi. Allez, regarde, tes parents t’appellent. »

    Des amis ? Eux ? La stupeur envahit Erebus. Des connaissances, tout au plus, mais de là à parler d’amitié... Mais cela avait suffi à convaincre l’enfant, qui repartit en courant. Il lança un regard étonné à la jeune femme, qui le lui rendit. Avaient-ils réellement l’air d’un couple ? L’exclamation des parents ramena immédiatement son attention sur la fillette. Qui heurta un guéridon sur lequel reposait un lourd vase.

    Erebus s’avança précipitamment, pris de vitesse par la jeune femme qui parvint à faire bouclier entre le vase et la fillette. Le bruit du vase se brisant sur le sol lustré du musée attira l’attention de toutes les personnes présentes, augmentant l’embarras des parents. Sa mâchoire se crispa brièvement, sous le coup de la colère : quand on était incapable de tenir ses enfants, on les emmenait au parc plutôt que dans un musée. Toutefois, il ravala les mots violents qui brûlaient de sortir et ramassa les fleurs éparpillées à terre. Un bouquet de lys, de roses et d’achillées. Il tendit un lys à la fillette, lui souriant gentiment et lui ébouriffant les cheveux d’une légère caresse, pour qu’elle se calme et arrête de pleurer et posa le reste du bouquet sur la table. Le silence avait été suffisamment perturbé comme cela, pas besoin de rajouter des sanglots hystériques.

    « Ne vous inquiétez pas, ce n’était qu’un simple vase décoratif, pas une œuvre d’art. Inutile de rembourser, je vous assure. »

    Aimable et courtois, il ne s’attarda pas, balayant d’un geste de main les protestations des parents. Si cela ne tenait qu’à lui, ces mots auraient été suivis d’un pur venin, accablant les parents et l’enfant. Mais il ne pouvait se permettre un pareil éclat. Il avait une réputation à tenir, une mission à remplir. Recueillant rapidement les morceaux de céramique éparpillés à terre, il s’éclipse un instant, allant les jeter et revenant avec une serpillère afin d’éponger l’eau. Il aurait pu laisser le sol sécher de lui-même, mais Liam n’aurait jamais fait une chose pareille. Saleté de gérant obnubilé par la propreté. Une fois sa tâche accomplie et le désordre rangé, il revint vers Leigh.

    « Vous me demandiez mes critères pour agencer les expositions, il me semble ? J’estime que toute œuvre mérite d’être exhibée, peu importe le sujet ou… la pureté, dirons-nous. La valeur de l’art réside dans le regard du spectateur et pour cette raison, j’estime que tout artiste a le droit de faire face à ce jugement. Maintenant, si j’ai exposé ce tableau ici plutôt qu’à un autre endroit, c’est que le contraste est parfois une bonne chose… Cette toile suscite toujours une réaction et parfois, ce genre de choc après des tableaux aussi intenses que les deux précédents peut être salvateur. »

    Autour d’eux, le silence avait repris ses droits et les visiteurs reprenaient leur visite, pendant que la famille quittait cette salle, chuchotant furieusement, se dirigeant vers la suite de l’exposition. Soupirant légèrement, il passa une main dans ses cheveux, avant de remarquer un détail inattendu.

    « Vous saignez, Mademoiselle. Permettez que je prenne soin de vos blessures avant de poursuivre la visite. »
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MessageSujet: Re: L'art est une forme de solitude. [Leigh] Mar 24 Juil - 15:23


À nouveau, la voix masculine d’Erebus attire son attention. Parfait gentleman, il n’a pas oublié leur conversation malencontreusement interrompue et il répond rigoureusement à ses précédentes questions. La jeune femme balaye du regard les trois tableaux qu’ils venaient d’admirer, mais c’est définitivement sur ce dernier qu’elle jette son dévolu. Le brun de ses yeux s’intensifie et son sourire s’esquisse à nouveau, bien qu’il ne soit destiné à personne.
    Vous avez raison. La déambulation est ainsi habilement rythmée. Ces trois toiles font toutes ressortir une incroyable intensité, mais chacune dans leur propre registre. Tout le monde y trouve certainement son compte et personne ne ressort indifférent de cette visite. Vous appliquez là une excellente stratégie de scénographie pour marquer les esprits Monsieur Cehack.

Elle renforce sa dernière affirmation d’un subtil hochement de tête, alors que son regard reste toujours aussi direct lorsqu’elle lui fait face. Mais elle ne s’attendait pas à sa dernière remarque, tout simplement parce qu’elle n’avait elle-même pas fait attention à son état.
    Je saigne ? Où ça ? Ah, mon bras. Ça n’a pas l’air profond, ne vous embêtez pas avec ça. Ça serait embarrassant que vous deviez vous transformer en infirmier pour moi.

Le geste reste un peu déplacé. Mais elle agit instinctivement. Portant son avant-bras jusqu’à sa bouche, un timide coup de langue suffit à effacer le sang qui s’échappe de la plaie. Dans ce musée, Leigh ne se soucie que peu du regard des autres et conserve sa confiance qui lui donne tant d’aplomb.
    Je voulais aussi m’excuser pour mon mensonge. Nous venons à peine de nous rencontrer… Mais dire que nous sommes amis à cette petite fille m’a paru être le plus simple et le plus compréhensible pour elle. J’espère que vous ne m’en tiendrais pas rigueur.

Et encore un sourire. Plus réservé, plus timide, comme pour marquer l’embarras face à cette maladresse. Même si elle ne fait ça que pour la forme, la bienséance la rattrape toujours, alors qu’elle anticipe déjà sa réaction tout aussi polie. La courtoise diplomatie se cultive dans les petits détails et les attentions, aussi futiles puissent-elles être.
Puis elle se détourne simplement de lui, fait un pas en avant pour reprendre la visite.
    Je préfère reprendre…

Mais une douleur aiguë se répand dans sa jambe, la coupant dans son élan. L’instabilité refait surface et elle met du temps à trouver l’appui adéquat qui atténuera la sensation désagréable qui prend naissance dans sa cheville droite. Elle s’obstine, cherche son équilibre même si ça l’oblige à boitiller discrètement et aperçoit seulement maintenant l’autre saignement. Et au final, elle soupire. Elle ne se serait pas douter devenir si fragile après avoir réagi sous l’impulsion protectrice de tout à l’heure. Mais Leigh s’entête un peu plus. Son flegme lui permet de continuer à faire comme si de rien n’était, pensant avec certitude que le gérant du musée n’a rien remarqué. Vieille habitude à relativiser tout ce qui peut lui arriver. Elle juge que ce n’est pas grave, que ça passera facilement si elle se force un peu à marcher normalement. Et surtout, attachée au fait que c’est sur les Élus que l’on doit se reposer et non l’inverse, Scorpius applique cette exigence à son propre cas.

Nouvelle tentative. Le pas se veut plus direct, tout comme la douleur, plus fulgurante. Et elle ne peut contenir sa peine, même si elle essaye de la contrôler d’une respiration appuyée et posée. Dire qu’elle venait de refuser les soins qu’il lui proposait, changer d’avis soudainement, la ferait passer pour une girouette. Fierté quand tu nous tiens. Alors, elle inspire, déglutit et reprend doucement, sans poser complétement le pied droit. Des petits pas et un déhanchement plus prononcé pour enrober l’astuce, mais aussi repartir différemment les appuis… Et le tout devient acceptable.
Une nouvelle salle, une nouvelle collection. Mais le besoin de faire un arrêt se fait pressant et elle s’arrête à la hauteur d’une sculpture qu’elle n’avait jamais vue. L’occasion est toute trouvée pour véritablement passer à autre chose.
    Soit je n’ai pas été attentive la dernière fois que je suis venue, mais il me semble que cette sculpture est nouvelle. Un nouvel arrivage peut-être ? … Ha, mais c’est un collectionneur privé… Que je connais bien en plus. Alors, il a vraiment réussi à faire exposer quelques unes des œuvres de sa collection…

Son regard captivé par la statue, elle repense à lui, l’homme tout aussi tenace qu’elle, et son sourire réapparaît naturellement, plus chaleureux que jamais. Ses pensées vagabondent. Elle se cambre un peu, croise les bras et laisse une main se perdre dans le rouge de ses cheveux, près de sa nuque. Songeuse, elle en néglige même l’équilibre dans lequel elle se tient pourtant, fragile.





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MessageSujet: Re: L'art est une forme de solitude. [Leigh] Mer 25 Juil - 12:11

La remarque de l’Elue à propos de l’agencement de l’exposition le rasséréna quelque peu – et depuis quand se préoccupait-il de l’avis des autres ? – il avait donc réussi à assimiler les méthodes de Liam.

Il se retint de lever un sourcil sceptique lorsqu’elle déclina son offre. Soit. Si elle refusait de se faire soigner, dans ce cas, il n’insisterait pas. Il n’avait pas l’habitude d’être aimable et surtout, il ne supportait pas qu’on puisse refuser la moindre de ses offres. Si on ne l’avait pas enfermé, si on ne l’avait pas arrêté, cette femme serait en train de ramper à ses pieds dans l’espoir d’attirer son attention et ne se pavanerait sûrement pas à travers la cité comme elle le faisait actuellement. Toutefois, il garda une expression posée et presque inquiète.

« En êtes-vous sûre ? Bien, comme vous voudrez. Mais si jamais vous changez d’avis, faites-moi signe, d’accord ? »

Observant avec attention la jeune femme, il ne tiqua pas au moment où elle lécha sa blessure. Il ne pouvait pas lui en vouloir, il aurait agi de même. C’était une manière comme une autre de désinfecter une plaie, avec les moyens du bord, somme toute. Toutefois, il ne put retenir une légère exclamation surprise quand elle s’excusa, qu’il réussit à faire passer pour une toux. Non mais sérieusement, tentait-elle vraiment de le faire sortir de ses gonds ? Le mensonge, toujours le mensonge… Elle aurait pu se contenter de dire la vérité, tout simplement : qu’elle venait visiter et qu’il lui avait fait l’honneur de lui servir de guide. Point.

« Ne vous inquiétez pas pour cela, vous avez eu parfaitement raison de dire cela. Et qui sait, peut-être que vos paroles deviendront vraies dans quelques temps. »

Un sourire taquin, Un très léger clin d’œil. Voilà, on ne pourrait pas lui reprocher de ne pas être sociable, n’est-ce pas ? En même temps, ce n’est pas comme si quelqu’un surveillait jour et nuit ses moindres faits et gestes… Ou peut-être bien que si. Quoiqu’il en soit, il valait mieux ne prendre aucun risque et se conformer en tout point au caractère de Liam. Même si cela lui écorchait les lèvres de dire des paroles gentilles ou affables. Voyant que Leigh semblait vouloir reprendre la visite, il lança un dernier regard à la salle, son regard s’attardant non pas sur les tableaux mais sur les visiteurs. Ils semblaient tous plus ou moins calmes. En tout cas, tous se tenaient à une distance suffisante des œuvres, c’était l’essentiel. Il aurait aimé avoir des yeux partout dans ces lieux pour être sûr que tout se passait bien.

Reportant son attention sur la jeune femme, il remarqua son léger boitillement. Eh bien, les blessures semblaient plus profondes que prévues. Il s’avança et passa devant elle, comme pour la guider à travers les pièces et les merveilles. Alors qu’en réalité, il ne cherchait qu’à cacher le sourire cruel qui étira ses lèvres à ce moment. Il aurait pu lui proposer des soins, à nouveau, se montrer serviable. Mais… Sa fierté avait été émoussée auparavant. Il n’avait pas apprécié qu’elle rejette les soins qu’il lui avait si difficilement proposés.

Alors sa résolution fut prise : si elle voulait qu’il panse cette blessure, il faudrait qu’elle le lui demande. En attendant, la voir souffrir en silence était plus que jubilatoire. Jusqu’où irait sa fierté ? Parviendrait-elle à finir la visite dans cet état ? Autant de questions sans réponses pour le moment. Mais il ferait tout pour qu’elle le supplie de la soigner. Briser l’orgueil des Elus a toujours été un passe-temps des plus divertissants.

Toujours dos à elle, il entra dans une nouvelle salle, les escarpins de la jeune femme résonnant derrière lui. Il s’apprêtait à la mener au tableau le plus éloigné quand il l’entendit s’arrêter devant une œuvre. Ah, alors comme ça, la douleur avait déjà eu raison d’elle ? Peut-être serait-ce plus facile qu’il ne le pensait ? Réprimant son sourire plein de sombres promesses, il revint à ses côtés et observa la sculpture. Oui effectivement, elle était nouvelle : il l’avait déballé le matin même. Réprimant une grimace à ce souvenir – l’emballage avait été particulièrement tenace et il avait failli se couper une bonne dizaine de fois en tentant de protéger l’œuvre de ses coups de ciseaux brutaux – il prit la parole dans un murmure, pour ne pas gêner les autres visiteurs.

« Effectivement, cette sculpture a été placé ici ce matin même. Vous avez une excellente mémoire, à ce que je constate. Cette salle est réservée aux collections privées, c’est pourquoi les œuvres exposées ici changent assez souvent. Ce collectionneur nous a fait parvenir d’autres œuvres, que vous trouverez juste là, à droite. »

Une pause. Le silence reprend ses droits, avant d’être perturbé à nouveau par la voix d’Erebus.

« Oh, vous connaissez le collectionneur ? Vous pourrez le féliciter pour son bon goût et la majesté des œuvres qu’il possède. L’échantillon qu’il nous a prêté est sans nul doute celui qui attire le plus de regards admiratifs. »

Lissant d’un geste distrait la veste de son costume, il s’abima dans la contemplation de l’œuvre. L’exécution était magistrale, mais il n’empêchait qu’Erebus ne l’appréciait pas plus que cela. Soupirant, il préféra concentrer son attention sur la jeune femme à ses côtés. Allait-elle tomber ou maintiendrait-elle son équilibre précaire ? Pendant un bref instant, il eut envie de la déstabiliser, sciemment. Mais il retint son geste. Il attendrait un peu, avant de recourir à des extrémités pareilles. Et qui sait, peut-être que quelqu’un d’autre s’en chargerait pour lui…
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MessageSujet: Re: L'art est une forme de solitude. [Leigh] Jeu 26 Juil - 16:07


Elle ne se rend même pas compte que son pied droit ne touche presque pas le sol. Et même si la fragilité de son équilibre est perceptible pour l’œil attentif, elle reste droite et fière. Peut-être un peu grâce aux cours de danse de son enfance, la posture semble naturelle, comme si c’était simplissime. Et les commentaires du gérant la font un peu plus sourire.
    Je lui transmettrai. Et je ne doute pas que recevoir de tels compliments de la part d’une personnalité telle que vous ne résonne à ses oreilles comme une reconnaissance dans le milieu. Il sera ravi. Mais risque aussi de ne plus vous laisser tranquille.

Le ton malicieux et elle le ferait presque passer pour un enfant capricieux. Mais elle ne s’y attarde pas plus, feignant un nouvel intérêt. Elle passe devant les autres œuvres dont il lui a parlé sans les regarder. Elle ne les connaît que trop bien.
L’allure est plus lente et elle commence à trouver le bon appui et le bon rythme. Supportable tant qu’elle peut continuer à s’arrêter de temps à autres, elle serre un peu les dents… Mais une fois face à un nouvel ouvrage, sa curiosité prend le dessus, rendant la douleur négligeable pour quelques minutes.

Des coups d’œil distraits et perçants sur Liam pendant leur déambulation… Les quelques signes d’une complicité espiègle qu’il a montré un peu plus tôt l’avaient surprise. L’homme cultivé qui l’accompagne est-il vraiment si cordial ? Pour ne pas dire joueur ? Son impression est étrangement mitigée. Comme si autre chose pouvait se dégager de cette élégante silhouette à l’expression corporelle un peu trop contrôlée selon elle.
Les échanges trop courtois étaient monnaie courante. Elle ne s’en offusquait pas, puisqu’elle-même était instigatrice et meneuse de ces discours respectueusement distants. Sa position le nécessitait bien souvent. Mais cet homme qu’elle n’avait pas imaginé ainsi… Elle aurait pensé qu’il susciterait d’autres réactions, guidées par un attachement commun à l’histoire et à l’art… Alors pour l’instant, tant qu’aucun autre ressenti ne s’éveille, elle se contentera ces convenances délicates.
    Je me demandais… Est-ce que vos équipes reçoivent parfois des demandes d’expertise et de restauration pour les objets d’arts ? Des privés peuvent-ils faire appel à vos connaissances facilement ? … J’avoue avoir souvent voulu voir ces maîtres de l’artisanat en pleine action. Mais surtout… J’aurais peut-être besoin de vos services pour un objet auquel je tiens, enfin si cela est possible. Si vos compétences sont réservées aux professionnels, je ne veux pas de traitement de faveur. Je me débrouillerais autrement.

Le sourire lumineux et confiant s’offre naturellement, alors qu’elle profite de cette demande pour ralentir un peu plus le pas.

Mais son regard s’aiguise à la vue d’un objet de belle manufacture juste derrière lui. Le sabre trône élégamment sur un coussin de velours. L’éclairage fait ressortir toute sa superbe à l’arme tranchante. Et Leigh ne dit plus rien. Attentive, focalisée sur les ornements forgés avec noblesse, elle ne le lâche plus des yeux. Sa passion ressurgit. Elle aurait envie de s’en emparer, sentir son poids dans sa main, le manier, mais la cloche de verre l’en empêche. Elle se retient même de justesse d’y apposer ses empreintes comme les enfants impolis. Captivée par les détails du maître d’œuvre -de la garde à la lame- elle semble photographier l’objet pour que sa mémoire ne l’oublie pas. Elle ne connaît pas le propriétaire, mais enregistre son nom. Puis elle se repenche un peu plus, ses yeux refont le même parcours, toujours en silence. Absorbée, elle oublie l’homme qui lui accorde pourtant son temps… Du moins jusqu’à ce qu’elle sente son regard vermeil. La jeune femme se redresse brusquement, embarrassée.
    Ah excusez-moi. Prise sur le fait. Les armes blanches éveillent toujours mon intérêt. Je ne sais pas vraiment pourquoi je suis attirée par ces objets …




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MessageSujet: Re: L'art est une forme de solitude. [Leigh] Sam 28 Juil - 13:46

Il laissa échapper un léger rire, discret, comme toute leur conversation. Ce n’était pas le lieu pour les commentaires tapageurs et les éclats à gorge déployée. Toutefois, il ne pouvait s’empêcher de s’interroger : en faisait-il trop ? Peut-être, peut-être pas… Liam avait toujours apprécié le contact humain, de ce qu’il avait vu. Même si apparemment, il préférait son musée à la conversation insipide de certains des visiteurs. Après tout, dans sa jeunesse, Erebus était pareil : il avait aimé converser avec les gens, les taquiner gentiment… Non, il fallait qu’il arrête de s’interroger. Liam était comme lui, ou presque. Niveau caractère, il n’aurait pas de mal à se fondre dans le moule. Il faudra juste qu’il se méfie au niveau des souvenirs de Liam. Peut-être devrait-il commencer à se cultiver niveau art ? Il ne pourra pas tenir très longtemps en exploitant uniquement les informations grappillées pendant la phase d’observation de son futur corps d’emprunt.

La demande de l’Elue le surprend quelque peu. Expertise ? Pourquoi pas… Liam était passionné d’art, il est probable qu’il aurait volontiers accéder à la requête. Non pas pour agréer à la personne en question, juste pour avoir l’occasion de tenir une œuvre nouvelle entre ces mains. Etait-ce ainsi qu’il dénichait les perles de ses expositions ? Que de suppositions et aucune réponse concrète. Toutefois, il se demandait que répondre : il n’avait pas la moindre expérience en expertise et restauration : depuis qu’il avait pris la place de Liam, il se contentait de déballer et d’emballer des œuvres d’art et à demander à son employée de les placer à tel ou tel endroit. Ce serait le meilleur moyen d’être démasqué… Sauf s’il laissait Liam reprendre le contrôle juste pendant cette entrevue. Ça pourrait marcher. Et il pourrait se faire une idée des compétences de son corps d’emprunt.

« Nous recevons parfois ce genre de demandes. Ce n’est pas très fréquent, mais cela arrive. Et bien sûr, nous répondons toujours positivement à chacune de ces demandes. L’art ne doit pas être réservé à une élite, n’est-ce pas ? Si vous souhaitez faire appel à nos services pour un objet, je serais ravi de vous obliger. Et si vous m’en parliez un peu plus en détail ? »

Il allait marcher vers une nouvelle sculpture quand il remarqua la fascination qui s’était emparée de Leigh. Qu’est-ce qui avait bien pu attirer l’attention de l’Elue, au point de la faire se stopper net ? L’observant de loin, il comprit brusquement. Une arme blanche. Il laissa échapper un petit rire sans humour, presque amer : niveau originalité, il y avait encore des progrès à faire. Les habitants d’Antalis étaient tellement prévisibles, ça en devenait presque effrayant. S’approchant à pas lents, presque trainant, il posa ses yeux sur le sabre. Effectivement, l’arme était belle et parfaitement équilibrée, il pouvait comprendre l’admiration qu’elle lui portait. Détournant son regard de l’objet, il détailla l’Elue, le regard neutre. Qu’est-ce qu’elle tentait de faire, là, exactement ? Jamais elle ne parviendrait à retenir tous les détails de cet objet : c’était même là, la raison pour laquelle cette arme était une œuvre, et pas juste un vulgaire couteau vendu dans une quelconque boutique.

« Ne vous en faites, je comprends parfaitement. Le travail du forgeron est tellement minutieux et précis qu’il est difficile de ne pas s’extasier devant une telle arme. J’y pense, nous avons une galerie réservée aux armes, elle devrait vous plaire. »

Sans attendre de réponse, il s’élança à travers la salle, marchant d’un peu trop rapide pour être totalement naturel. Tout cela pour forcer la jeune femme à marcher trop vite pour elle, à réveiller la douleur de sa jambe, à fléchir, tout simplement. Une salle, deux salles et voilà, ils y étaient. Une petite pièce sombre s’ouvrait sur leur gauche, révélant des armes en tout genre : on passait du sabre au revolver en passant par l’arc. L’endroit était peu fréquenté : les badauds s’attardaient peu, trouvant cette collection monotone. Quoi d’intéressant dans des armes qui présentaient à peu près les mêmes décorations ?

« L’artiste qui a créé le sabre que vous admiriez tant tout à l’heure a fabriqué une multitude d’autres armes blanches : dagues, épées, poignards, faux… Il n’était malheureusement pas possible de tout exposé. Le choix a été dur : je me souviens encore de la soirée que nous avons passé à débattre pour savoir quel cimeterre exposer. »

D’un geste de la main, il désigna une arme : lame courbée d’environ 70 cm, un seul tranchant, un manche gravé de lignes entremêlées délicatement… Une belle œuvre. Il aurait pu lui expliquer pourquoi la lame était courbée, le type de métal utilisé, la manière dont se servaient les guerriers d’autrefois de cette arme et les ravages qu’ils pouvaient causer grâce à elle, mais il se retint. Cela ne l’intéressait probablement pas, elle était sûrement trop obnubilée par la beauté que la signification.
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MessageSujet: Re: L'art est une forme de solitude. [Leigh] Sam 28 Juil - 22:54


À ce point à la traîne, elle ne l’avait jamais été. Et lui, comment faisait-il pour marcher aussi vite ? Non, ce n’était pas qu’une impression, elle traînait la patte. La mauvaise foi s’empara de la jeune femme. N’avait-il pas remarqué qu’elle souffre en marchant ? Le faisait-il exprès parce qu’elle avait refusé ses soins ? Impossible. Justement parce qu’elle-même avait affirmé aller bien. Elle ne devait s’en prendre qu’à elle pour en être arriver là. Mais il ne fallait pas non plus s’attendre à ce qu’elle lui court après. S’efforçant malgré tout de rattraper son allure, elle échoue et le laisse attendre. Elle faillit même ne pas voir qu’il tournait sur sa gauche. Autant jouer le jeu jusqu’au bout, la mine distraite par toutes les œuvres qu’elle croise sur le parcours. Elle remercie l’architecte du musée pour ne pas avoir séparé les salles par des escaliers… Et la mâchoire se crispe pour maintenir un visage naturel. Alors que l’obstination douloureuse rosit ses joues habituellement nacrées.
    Vraiment intéressant. Ce sont des armes vraiment très différentes. Celle de tout à l’heure semblait être un sabre de cérémonie, mais là, c’est une toute autre catégorie… Sur un champ de bataille, cette arme faisait des dégâts bien plus désastreux qu’une épée droite.

Ses yeux glissent sur la courbe d’acier.
    Si mes souvenirs sont bons, avec une lame pareille, vêtements et cuirasses ne résistaient pas. Et avec une telle largeur, les coups de taille devaient être impressionnants. Il paraît que vers la pointe, on ressent une alourdissement… une astuce des forgerons pour permettre aux bretteurs de piquer leur adversaire. Vous qui l’avez eu en main, est-ce exact ?

Elle se rapproche, parfait son examination, remarque que le travail d’ornement est moins chargé bien que tout aussi délicat.
    Solidité et souplesse, la lame ne se brise pas. Cet acier est vraiment redoutable, si c’est vraiment celui auquel je pense…

La douleur, qui d’habitude s’estompe, est restée omniprésente, lancinante. Elle déglutit. Cette salle d’armes paraît bien plus chaude que le reste du musée. La respiration se fait légèrement plus profonde pour contenir le frémissement de malaise qui point. Et se concentrer sur autre chose pour faire disparaître l’étourdissement devient une nécessité. Un silence religieux s’invite entre les deux jeunes gens, malgré quelques bruits de pas, s’éloignant de la salle la plupart du temps. Heureusement, ça lui revient.
    J’oubliais… Pour ma demande de tout à l’heure… Ca concernerait un tableau ancien et représentant des danseuses classiques en plein échauffement. Je ne pense pas qu’il ait une grande valeur, mais j’y tiens beaucoup. Ce fut mon premier achat d’art à Antalis. Le travail du peintre est plutôt simple et épuré. Il a utilisé peu de couleurs, principalement des teintes de bleu et de gris et elles commencent à s’affadir. Et l’encadrement aurait certainement besoin d’être rafraîchit. Vous croyez que je peux vous l’apporter pour que vous y jetiez un œil ? Ou alors, auriez-vous quelqu’un à me conseiller ?

Fixer son interlocuteur droit dans les yeux l’aidait à atténuer cette sensation récalcitrante. Mais bien consciente que l’artifice est bien trop fugace pour son corps, elle se crispe, muscles tendus, alors que son esprit envisage d’écourter la visite.

Et les vieilles méthodes sont les meilleures. Immobile, seul son visage bouge et marque son intérêt furtif pour les autres armes exposées.
    En tout cas, votre musée est vraiment une caverne aux mille-et-un trésors. Y venir est toujours un plaisir pour les yeux. Votre travail est remarquable. Vous devez être fier de gérer un tel endroit ? Si j’osais, je dirais que vous chérissez énormément cette « amante exigeante ». Et si une femme aussi chanceuse existe, alors notre histoire est entre de bonnes mains.

La flatterie se pare de malice et reprend ses propres mots avec sourire. Toujours lui, seule constante de son attitude, ce sourire enjôleur. Ses yeux s’échouent sur sa montre, avant de se froncer légèrement.
    Je vais devoir vous laisser. J’ai encore du travail qui m’attend.

Le demi-mensonge glisse facilement et elle un peu moins. Mais Leigh prend lentement les devants pour quitter la salle. Et elle profite encore un peu de sa compagnie, lui qui la laisse le précéder chez lui. Elle s’apprête à le remercier quand un objet non identifié roule au sol jusqu’à eux, suivi par une nouvelle chose, petite et brune. Mais à peine le temps d’assimiler le fait qu’un petit garçon poursuit son jouet -tête baissée- qu’une nouvelle catastrophe prend forme.

Associez… Un mannequin portant une armure de métal rutilante, tenant d’une main ferme son bouclier et de l’autre une hallebarde originale… Et… Un enfant qui passe en rase-motte juste à côté… Vous obtiendrez un nouvel incident, évité de justesse cette fois-ci.
Leigh tendait une main dans le vide… Droit devant elle, vers l’armure tremblante qui semblait suspendue dans les airs. L’enfant repassa même devant sans rien remarquer, obnubilé par la bille qu’il venait de récupérer. Prenant vie, la panoplie de fer reprit sa place sans plus d’encombres, guidée par l’attraction magnétique que Scorpius produisait.
    Finalement, je n’envie pas autant que ça votre position. Cette vigilance de tous les instants doit être éreintante. Ou alors, vous aviez raison… Notre rencontre n’est pas du tout fortunée.

Remarque distraite, marquée d’une pointe d’humour. Elle oublierait presque que maintenir son don activé dans un endroit rempli d’objets métalliques et surtout tranchants est dangereux. Qui plus est lorsque ce ne sont pas les seules choses à être attirée par l’épicentre… Et quand la douleur aiguë la rappelle à l’ordre, l’obligeant à faire un pas en arrière, l’arrêt se fait brutal. Et les deux se heurtent.
Inévitable, une légère plainte s’échappe du sourire qui s’est gommé dans l’instant. Et la crispation ressurgit. Franche. Elle agrippe l’homme aux cheveux d’argent, tandis que sa voix se brise.
    Ah ! Ma cheville…






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MessageSujet: Re: L'art est une forme de solitude. [Leigh] Dim 29 Juil - 15:05

L’aurait-il mal jugé ? Cette pensée l’agaça profondément, vu que cela impliquait qu’il avait eu tort. Tort de considérer qu’elle ne s’intéressait qu’à l’aspect des armes et non à leur fonction et à leur histoire. Peut-être devrait-il arrêter de juger les gens sans les connaitre… Cette pensée le fit sourire. Des idioties, tout ça. Lui jetant un regard inquisiteur, il remarqua la légère rougeur de ses joues. Serait-il parvenu à son but ? Nul doute que cette petite course à travers le musée ait été éprouvant pour la jeune femme, vu la gravité de sa blessure.

« Ah, Mademoiselle est une connaisseuse à ce que je vois. C’est totalement juste. Par ailleurs, la courbure de la lame permettait aux guerriers de repartir facilement à l’attaque lorsqu’il manquait leur coup, l’acier glissant sur l’armure de leur adversaire… Tenir un cimeterre en main est une expérience assez hors du commun, je dois dire. L’alourdissement en bout de lame est une sensation très inhabituelle. Je suppose qu’il faut un temps d’adaptation pour l’utiliser correctement. »

Se penchant à son tour vers l’objet, les mains dans les poches, il observa attentivement la garde du cimeterre. Sculptée, décorée. Toutefois, étant avant tout une œuvre d’art, la tenir en main avait été très désagréable, les crêtes agressant la paume de la main. Reportant son attention sur l’Elue, il se sent froncer légèrement les sourcils. Ses connaissances en restauration étaient très faibles, pour ne pas dire inexistantes. Cependant, Liam en savait beaucoup à ce sujet, vu le nombre de livres traitant de ce sujet présents chez lui.

« Je vois. Apportez le tableau au musée, un de ses quatre. Je verrais ce que je peux faire. Mais d’après votre description, cela ne devrait pas poser énormément de problèmes. »

Voilà, il n’avait plus moyen de faire marche arrière. Il se plongerait dans la lecture de ces documentaires dès ce soir. Et laisserait Liam se charger de cette restauration : autant ne pas prendre trop de risque. De toute façon, il possédait des moyens de pression très efficace pour que son corps d’emprunt se conforme à ses instructions.

« Ah voyons, trêve de compliments, vous finirez par me faire rougir. »

Quelques morts glissés avec espièglerie, avant de reprendre la parole, un ton légèrement plus sérieux, cette fois-ci.

« Je suis heureux de constater que ce musée est source d’admiration. Ces œuvres méritent tellement que je me demande souvent si les expositions que j’agence sont à la hauteur de leur valeur. Maintenant, suis-je fier de gérer ce musée ? Avoir le privilège de manipuler l’Histoire de la cité… Qui n’en tirerait pas un orgueil certain ? Toutefois… toutefois je ne suis qu’un simple gérant. L’humilité est de mise, dans ce métier. Ces lieux… L’œuvre de ma vie, en quelque sorte. »

Il remarqua le léger coup d’œil qu’elle lança à sa montre. Ah, forcément, l’Elue avait des obligations, bien sûr. Protéger la cité, combattre le mal, s’arranger pour que la population d’Antalis se complaise dans des mensonges. Légèrement contrarié de ne pas avoir réussi à lui faire avouer sa douleur, il ne laissa rien paraitre et afficha un sourire aimable. A moins qu’elle n’écourte la visite à cause de sa jambe ? Non, il ne servait à rien de se faire des illusions. Elle était plus solide qu’il ne le croyait. Ce mauvais jugement lui laissait un arrière-goût amer. Il la laissa passer devant lui : sa fonction de guide était terminée.

« Bien sûr. Laissez-moi vous raccompagner jusqu’à l’acc... »

Toutefois, ces mots se bloquent dans sa gorge. Un enfant qui tentait de récupérer un jouet – une bille, apparemment – fonçait tête baissée vers une armure en fer. Non, tout mais pas ça. Il avait passé suffisamment de temps à assembler chaque pièce ensemble. Il ne comptait plus les heures passées à se demander si telle pièce s’emboitait au niveau du bras ou de la jambe. Et il ne voulait même pas penser à l’orage qui s’abattrait sur lui si l’armure avait la moindre égratignure : son possesseur était… particulier. Il fit un pas précipité en avant, prêt à courir et rattraper l’enfant par la peau du cou avant que l’irréparable ne se produise.

… Et s’arrêta net. L’armure venait de se bouger, d’elle-même. Légèrement choqué, il tourna son attention vers Leigh. Voyant sa main tendue, il comprit brusquement. Phoenix. Un sourire crispé chassa l’expression quelque peu angoissée qu’il arborait précédemment. Elle aussi profitait du système. Une colère sourde l’envahit, teintée de frustration. Bon sang, cette fichue puce venait de lui être utile. Lui qui haïssait Phoenix et ses effets… Quelle ironie. Serrant le poing, il s’intima le calme. Après tout, il n’avait qu’à considérer cela comme un juste retour des choses : on l’avait réduit à néant pour cette chose, la moindre des choses était bien qu’elle lui soit utile. Il expira profondément, faisant passé ce geste destiné à se calmer pour du soulagement.

« Je vous dois une fière chandelle, merci. Je n’aurais probablement pas pu éviter la catastrophe… la vigilance constante est un aspect auquel on s’habitue vite. Et puis, en général, ce genre d’accident est assez rare. Vous avez dû apporter l’agitation de la cité avec vous. »

La fin de sa tirade se colora de malice. Il allait recommencer à marcher, quand l’Elue s’agrippa à lui. Surpris, il la rattrapa, glissant un bras autour de ses épaules. Sa cheville venait de la trahir. A son plus grand plaisir. Finalement, il était parvenu à lui faire admettre qu’elle avait mal. Dans sa joie, il oublia le garçon. Il était chanceux, il s'en tirerait sans rien, aujourd'hui... Qu'il fasse attention à ne pas recroiser sa route cependant. Mais ce n’était pas le moment de laisser exploser sa joie cruelle. Non, il afficha une mine inquiète, totalement à l’opposé de ce qu’il ressentait. Mais il était passé maitre dans l’art de cacher ses émotions.

« Qu’est-ce que… Comment vous êtes-vous fait cela ? Serait-ce au moment où vous avez protégé la petite fille de la chute du vase ? Vous auriez dû m’en faire part plus tôt au lieu de supporter la douleur sans rien dire… Il est hors de question que je vous laisse quitter le musée dans cet état. Attendez… »

Resserrant son emprise atour de ses épaules, il glissa une main sous ses genoux et la souleva en un mouvement souple. Traversant une salle, il avisa une chaise, destinée aux gardiens, lorsqu’ils surveillaient les différentes salles. S’en approchant, il la posa délicatement dessus et lui enjoignit de ne pas bouger, le temps qu’il aille cherche le kit de premier secours. Tournant les talons, il partit à pas rapides vers son bureau. Fouillant rapidement dans les armoires, il laissa enfin la jouissance barbare prendre le pas. Un rire lui échappa, froid : il était parvenu à faire vaciller deux Elus. Sa nouvelle vie commençait plutôt bien.

Reprenant un masque soucieux, il revint à la rencontre de la jeune femme, la trousse à la main. S’agenouillant devant elle, il examina sa jambe. Pendant qu’il la soigna, il reprit la parole, discussion légère sans grande importance. Juste pour combler le silence.

« Vous m’avez dit que le tableau que vous voulez faire restaurer était votre premier achat d’art, il me semble… Avez-vous acheté beaucoup d’autres œuvres entretemps ? Qui sait, peut-être qu’un jour, ce sera votre collection qui servira pour les expositions temporaires ? »
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MessageSujet: Re: L'art est une forme de solitude. [Leigh] Dim 29 Juil - 22:41


Oui, c’était elle qui avait initié le contact physique. Alors, oui. Encore une fois, elle ne devait qu’à elle-même la position dans laquelle se trouvait. Il ne lui laisse pas le temps de rétorquer quoique ce soit et encore moins de feindre à nouveau son « bon état ».
    Qu… Attendez Liam…

D’abord légèrement surprise par le geste cavalier et vigoureux, elle ne peut que se cramponner à lui. Elle s’impose également le silence, préférant ne pas attirer l’attention des curieux dans une telle situation. Et alors qu’elle vient d’oublier le « Monsieur », elle le laisse faire preuve d’un peu d’autorité. Immobile sur sa chaise, elle attend sagement son retour comme si l’inconcevable ne venait pas d’arriver.

Mais son esprit refait la scène, confus pendant un instant… Deux éléments détectés un peu plus tôt la frappent étrangement. Une crispation de lèvres plus qu’un réel sourire. Une tension dans une main qui se referme alors qu’elle devrait se relâcher… Elle doute, incertaine de ce qu’elle a vu et de sa signification. L’habituel tempérament relativise et remet à plus tard les éventuelles conclusions, jugeant l’observation feutrée, mère de sûreté.
Il revient déjà, armé du nécessaire, s’attelant immédiatement à la tâche qui n’aurait jamais dû lui incomber. Sans dire mots, la jeune femme laisse son regard absorber ses gestes assurés et délicats. Elle se plaît à remarquer enfin la carrure finement athlétique dissimulée sous le costume. Qui aurait cru que cette silhouette élégante et élancée aurait pu la porter ? Qui aurait tout bonnement cru qu’un tel spectacle aurait lieu ?
L’effet glaçon du gel appliqué sur sa cheville provoque un frisson qui galope le long de sa jambe.
    Je suis désolée de vous mettre dans un telle position. C’est entièrement ma faute. Je me suis certainement surestimée.

Le sourire coutumier s’affiche alors que le bandage s’installe tranquillement et s’accompagne d’un pansement sur la petite plaie.
    Mmh… Oui c’est ça. Mon tout premier achat. « Beaucoup » ne doit pas être le bon mot. La plupart du temps, je suis indécise. Je n’arrive pas à arrêter mon choix. Il faut que ce soit une évidence, un véritable coup de cœur pour que j’achète… Ou un caprice, si vous préférez.

Et finalement, l’embarras est moindre. La discussion habilement lancée lui permet de faire fît du reste. Son léger sourire pétille même à nouveau.
    Ma collection personnelle est assez éclectique. En y réfléchissant, j’ai peu de peintures… Comme vous pouvez vous en douter, je possède quelques armes blanches. Mais aussi d’autres objets récupérés lors de ventes aux enchères. Ils ont eu des propriétaires avant moi et c’est cette sensation que j’apprécie particulièrement. L’empreinte d’autres vies… Je ne sais si cela vous intéresse, mais pourquoi pas. Nous pourrions en reparler.

Sa voix s’est adoucie comme pour mieux partager un secret. Dans le même temps, elle se penche un peu plus pour contempler le travail du gérant sur sa cheville. Méticuleux, l’homme semble plutôt à l’aise pour l’exercice.
    Le domaine médical perd certainement des mains habiles. Mais vu que c’est au profit de l’histoire de la cité, je suis sûre qu’on y gagne tous au change. Je vous remercie pour vos soins. … N’auriez-vous pas un peu trop l’habitude d’appliquer de tel traitement ?

L’humeur badine prend le dessus, l’éternel sourire charmeur en baume à lèvres. Et Leigh obéit docilement aux gestes instructeurs de Liam. Elle remue sa cheville, doucement. L’échauffement paraît apaisé et le mouvement est souple. Le duo rouge et blanc semble satisfait, alors elle entreprend de remettre sa chaussure et il a la prévenance de l’aider.
Elle se relève sans prendre appui sur lui alors qu’elle le pourrait. L’autonomie se teste et la stabilité est quelque peu malmenée, hésitante. Elle marque son obstination d’un froncement de sourcils, avant d’échouer vivement une main sur le bras de Liam, surprise par son propre déséquilibre.
    Je crois que je n’ai pas vraiment le choix… Elle s’écarte un peu. Vous permettez ?

Elle attend son accord, estime qu’elle va devoir faire venir une voiture pour repartir au bureau, puis pense à le remercier encore ainsi qu'à lui laisser ses coordonnées… Espérant qu’à leur prochaine rencontre, aucune blessure ne s’ajoute à l’histoire qui les lie à présent.





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MessageSujet: Re: L'art est une forme de solitude. [Leigh] Dim 16 Sep - 16:21

Il écouta distraitement la jeune femme, se concentrant sur le bandage qu’il était en train d’apposer sur sa cheville. Il s’agissait de ne pas aggraver la situation en enroulant mal les bandelettes : pas qu’il se préoccupe de son état de santé, au contraire, mais saboter volontairement la guérison de la blessure équivaudrait à une déclaration de guerre en bonne et due forme. Ou presque. Il ne doutait pas vraiment du fait qu’il aurait pu faire passer cet action délibérée pour de la maladresse, mais… Cela ne cadrait pas avec ses projets. Cependant, l’entendre simplement admettre qu’elle s’était surmenée le remplit d’une gaieté quasi barbare. Son ego était-il froissé ? Comprenait-elle enfin qu’elle ne se suffisait pas à elle-même et que face à lui, elle perdrait ?

« Non, il est rare que des gens se blessent ici. Croyez-le ou non, en général, cet endroit est très calme. Mais la minutie et la précision sont des qualités que tout bon gérant de musée partagent avec les médecins. »

Observant son travail avec fierté – qui aurait cru qu’espionner tant d’hypothétiques corps d’emprunt lui aurait permis d’acquérir toutes ces connaissances ? – il aida la jeune femme à se relever. Avec ce bandage, elle devrait pouvoir marcher, au moins jusqu’à l’entrée. Ou pas. L’Elue venait de perdre l’équilibre, se rattrapant à lui. Il y était peut-être allé un peu trop fort durant la visite… Mais elle ne devait s’en prendre qu’à elle et à son orgueil : il lui avait offert ses soins, elle les avait refusés. Retenant un soupir quelque peu exaspéré, il lui sourit néanmoins, lui offrant galamment son bras pour qu’elle puisse traverser le musée. Oh, il aurait probablement pu la prendre à nouveau dans ses bras, lui évitant ainsi toute douleur ou tout effort, mais il avait épuisé son quota d’amabilité. Toutefois, il fit un effort de sociabilité – ciel, comme il détestait ce terme – et reprit la parole, comme si de rien n’était.

« Oh, je ne dirais pas qu’acheter quelque chose qui vous a tapé dans l’œil puisse être qualifié de caprice. En tout cas, pas lorsqu’il s’agit d’une œuvre d’art. Posséder un peu de l’Histoire de la cité chez soi n’a pas de prix. Enfin, à mes yeux. A ce sujet, je n’aurais qu’une chose à vous dire : ne soyez pas si indécise lors de vos achats, c’est la meilleure façon de laisser filer de véritables perles entre vos doigts. Enfin, de mon point de vue, bien sûr. »

Il fit une pause, essayant de se souvenir de quoi ils parlaient. Enfin, plutôt à quel sujet elle monologuait pendant qu’il la soignait. Des bribes de phrases lui revinrent, permettant ainsi de reconstituer à peu près ses propos. L’agacement refit surface. Elle ne l’avait tout de même pas pris au sérieux, si ? Dire qu’il avait dit ces quelques mots comme une boutade. S’il avait su qu’elle profiterait de cette remarque pour tenter de faire exposer sa collection dans son musée, il se serait tu. Vraiment. Mais maintenir l’Elue de bonne humeur et surtout créer de nouvelles rencontres entre eux ne pouvait être que bénéfique. La politesse était de rigueur. Pas d‘éclats intempestifs.

« Nous privilégions en général les collections qui possèdent une cohérence intrinsèque, indépendamment de la forme de l’œuvre, même si toutes les collections sont les bienvenues. Qu’il y ait une sorte de fil rouge qui relierait les œuvres les unes aux autres, voyez-vous. Dans votre cas, je me demande si… si la connexion entre vos œuvres ne serait l’existence, tout simplement. La marque de la vie sur l’art et inversement. Ah, pardon, je me laisse entrainer par mes pensées. Je serais ravi d’en reparler. »

Nous... Plutôt "je". Mais elle n'avait pas à le savoir. Leur trajet touchait à sa fin : ils venaient de pénétrer dans l’accueil. Il la mena jusqu’au bureau de réception, près du téléphone. Il laissa un sourire aimable flotter sur ses lèvres.

« Il serait plus prudent que vous alliez voir un médecin dès que possible et surtout que vous vous reposiez aujourd’hui. Peut-être devriez-vous appeler quelqu’un qui puisse vous déposer ? Je vous aurais bien accompagné moi-même, mais je ne puis laisse le musée sans surveillance. Voyez-vous, je me sens un peu coupable que vous vous soyez blessée dans ce lieu placé sous ma responsabilité. »

Responsable, mon œil. Elle avait provoqué d’elle-même ce qui lui est arrivé, rien de plus, rien de moins. Le plus vite elle disparaitrait, le mieux il se sentira. Maintenant qu’il était parvenu à la faire ployer, il ne voyait pas d’intérêt immédiat à rester d’avantage à ses côtés. Toutefois, par politesse, il lui tiendrait compagnie jusqu’au moment où elle sortirait de son musée.
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L'art est une forme de solitude. [Leigh]

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